
Le 11 septembre 2026, pendant que l’Europe reprenait le chemin des bureaux après l’été, l’Éthiopie fêtait le Nouvel An. Pas n’importe lequel : l’entrée dans l’année 2019. Dans ce pays de plus de 120 millions d’habitants, le calendrier officiel compte treize mois et affiche environ sept ans et demi de retard sur le calendrier grégorien.
Ce n’est pas une curiosité folklorique. C’est le calendrier de l’État, des écoles, des banques et de l’état civil, avec des conséquences très concrètes pour tous ceux qui manipulent des documents éthiopiens.
Le calendrier éthiopien dérive de l’ancien calendrier copte d’Égypte. Il comprend douze mois de trente jours chacun, suivis d’un treizième mois très court, Pagumé, qui dure cinq jours, ou six les années bissextiles. L’office du tourisme éthiopien a longtemps vanté le pays comme celui des « treize mois de soleil ».
Les mois portent des noms guèzes et amhariques : Meskerem, Tikimt, Hidar, Tahsas, Tir, Yekatit, Megabit, Miyazya, Ginbot, Sene, Hamle, Nehase et enfin Pagumé.
La différence vient d’un calcul divergent de la date de naissance du Christ. L’Église orthodoxe éthiopienne a conservé une estimation ancienne, tandis que l’Occident a adopté celle proposée au VIe siècle par le moine Denys le Petit. Résultat : de septembre à décembre, l’écart est de sept ans, puis de huit ans de janvier à septembre.
L’année commence le 1er Meskerem, qui correspond au 11 septembre, ou au 12 septembre l’année qui suit une année bissextile. Cette fête, appelée Enkutatash, coïncide avec la fin de la saison des pluies. Les collines se couvrent de marguerites jaunes, les adda abeba, et les jeunes filles chantent de maison en maison.
Quelques semaines plus tard vient Meskel, la fête de la Vraie Croix, célébrée avec de grands feux de joie. Elle est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO depuis 2013.
Le calendrier n’est pas la seule particularité. En Éthiopie, la journée commence traditionnellement au lever du soleil, vers six heures du matin. Ce que nous appelons sept heures s’appelle donc « une heure » en heure éthiopienne. Un rendez-vous fixé à « trois heures » peut ainsi signifier neuf heures du matin. Les voyageurs et les entreprises étrangères apprennent vite à toujours vérifier de quel système il s’agit.
Pour les Éthiopiens vivant en France, en Belgique ou en Suisse, ce calendrier a des effets très pratiques. Un acte de naissance délivré à Addis-Abeba peut indiquer une date en calendrier éthiopien. Une erreur de conversion, et la personne se retrouve avec deux dates de naissance différentes dans ses dossiers administratifs.
Une simple confusion entre 1990 et 1997 peut bloquer une demande de titre de séjour, une inscription universitaire ou un mariage. C’est pourquoi une traduction de certificat de naissance éthiopien doit préciser clairement la date d’origine et sa conversion dans le calendrier grégorien.
Pour les démarches auprès des préfectures, de l’OFPRA ou des tribunaux, les administrations exigent généralement une traduction officielle réalisée par un traducteur assermenté. Celui-ci engage sa responsabilité sur l’exactitude du contenu, dates comprises.
Des documents multilingues
Les documents éthiopiens sont souvent rédigés en amharique, parfois avec une version anglaise. Dans certaines régions et communautés, notamment musulmanes, on trouve aussi des documents religieux ou familiaux en arabe. Pour ces pièces, l’intervention d’un traducteur arabe français peut être nécessaire, par exemple pour un acte de mariage religieux ou un document de la diaspora passée par les pays du Golfe.
Quelques repères pour s’y retrouver :
Malgré la mondialisation, le calendrier éthiopien reste profondément ancré. Les entreprises internationales, les ONG et les ambassades jonglent quotidiennement entre les deux systèmes. Les smartphones vendus en Éthiopie proposent souvent les deux calendriers, et certains journaux affichent les deux dates en une.
Pour beaucoup d’Éthiopiens, ce calendrier est aussi une source de fierté. Il rappelle l’ancienneté de l’Église orthodoxe éthiopienne, l’une des plus vieilles du monde, et l’indépendance d’un pays qui n’a jamais été durablement colonisé.
En septembre 2007 du calendrier grégorien, l’Éthiopie a célébré l’entrée dans l’an 2000. Des concerts géants ont été organisés à Addis-Abeba, et la diaspora du monde entier s’est mobilisée. Cet événement a rappelé au reste du monde que le temps se compte de plusieurs façons.
Le calendrier éthiopien fascine par son originalité, mais il demande aussi de la rigueur dès qu’il s’agit d’administration. Pour les familles, les étudiants et les professionnels qui font le lien entre l’Éthiopie et l’Europe, connaître ses règles évite bien des complications. Treize mois, un décalage de sept ans et une journée qui commence à l’aube : il suffit de le savoir pour ne plus se tromper.
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